Pratiques de coopération et culture sensible

La gestion par consentement, ou les bienfaits de la confrontation.

Mis à jour : il y a 4 jours


Et si je vous disais qu’il existe un outil pour que la prise de décision ne soit plus un casse-tête dans les organisations ? Un outil qui pourrait même vous faire apprécier la confrontation ?


Il s’agit de l’un de mes outils favoris : la Gestion par Consentement (GPC).




Basée sur l’écoute et la communication — on pourrait même dire sur la sensibilité, pour ceux qui ont suivi mon précédent article — c’est un outil de résolution de problèmes qui met le doigt sur les nœuds présents au sein des organisations.


Son objectif est d’apporter, non pas LA meilleure solution, mais de travailler à l’amélioration d’une proposition faite par un membre du groupe. C'est-à-dire aboutir à une décision qui prendra en compte les limites et apports exprimés par chacun.


Cet outil mobilise l’intelligence collective pour contrecarrer le processus de décision traditionnel (validation précipitée, par défaut ou toujours par les mêmes personnes).

Ce formidable outil peut aider à avancer dans la situation complexe que vivent certaines entreprises actuellement avec la pandémie de Covid-19 car il canalise les tensions.


Découvrons ensemble son fonctionnement, dans les coulisses de mon métier !


Au sommaire : > Passer de la réunion classique à l’intelligence collective. > La GPC, une définition. > La GPC, mode d'emploi. > Du point de vue de la facilitatrice : du kiff ! > Il est temps de regarder vos tensions en face.


Passer de la réunion classique à l’intelligence collective.


Les organisations à qui je conseille la Gestion par Consentement (GPC) font souvent face à des tensions en interne ou à une période de crise. Mon rôle se rapproche alors beaucoup de celui de médiation. Et, de fait, mon activité, aujourd’hui, s’en rapproche de plus en plus.



L'exemple de la Fabrique Numérique des 3C :


Prenons l’exemple de ce collectif d'associations,

qui porte un projet de tiers-lieu et que j’ai accompagné avec cet outil. La problématique se situait dans l’origine même du projet. Trois associations se sont réunies pour répondre à un appel d’offres afin d’améliorer l’accès au numérique pour les habitants, les entreprises et les associations d'un quartier de Vénissieux. L’intérêt était d’unir leurs forces, mais aussi d’obtenir des financements.


Même si ces associations travaillent régulièrement sur des projets inter-partenariaux, ce sont trois entités bien distinctes avec un fonctionnement différent, ce qui complexifie l'organisation entre elles.

Après un an d’existence mouvementé (confinement, départs et arrivées de nouvelles personnes), l’équipe a eu naturellement envie (et besoin) d’aller au-delà de cette réponse à un appel d’offres pour se projeter sur un fonctionnement plus collectif. Et c’est là que je suis intervenue.



Le choix de la Gestion par Consentement :


Je leur ai proposé deux solutions et c’est la GPC qui a été retenue. Un outil bien adapté à la situation puisqu’il permet de faire apparaître, grâce à un cadre plutôt strict, les accords et les désaccords, dans un environnement de confiance.

C’est à la fois un cadre plus confrontant, qui permet de poser les choses sur la table. Cela permet de faire un bilan efficace et authentique et de ressortir avec un plan d’action réalisable.



L'intelligence collective requiert un cadre spécifique et explicite :


En effet, la GPC prend tout son sens quand il y a difficulté à prendre des décisions en collectif parce qu’il manque un cadre structuré. Quand le processus de décision n’est pas clair, qu'il n’y a pas de contrat explicite, la situation va stagner jusqu’au blocage. Pourquoi ? Parce que, la plupart du temps, tacitement, on impose ses idées ou on cherche à obtenir le consensus.


Comme le disait Pierre Desproges : « Lorsque les hommes sont réunis, leur intelligence ne s’additionne pas, elle se divise ».

Tout l'enjeu de la démarche d’intelligence collective est de contrecarrer cette citation !

Elle peut apporter beaucoup dans une organisation, à condition d’avoir le cadre approprié pour faire éclore la force du collectif.






La GPC, une définition.


Rechercher UNE solution acceptable VS courir après LA solution parfaite :


La gestion par consentement est très intéressante, car elle ne cherche pas le consensus. Le consentement n’implique pas, en effet, que tout le monde soit d’accord à 100 %. Elle va, par contre, apporter une solution acceptable pour tous. Et surtout une solution opérationnelle!

Ceci tout en découvrant les bienfaits de la confrontation positive ! Qu’est-ce que cela signifie ?



Ce que la GPC n'est pas :


Nous connaissons tous les réunions « classiques », celles où, lorsqu’une proposition est faite, les réactions fusent de tous les côtés. C’est souvent la censure qui prend le dessus avec des objections telles que : “Ce n’est pas possible”, "Ça ne fonctionnera pas”, “Nous n’avons pas les moyens financiers ou humains”. Il va aussi y avoir des contre-propositions : “Moi je proposerais plutôt…”. Mais finalement, certains (souvent les mêmes), ne seront pas écoutés et leurs idées seront rapidement écartées.


OUTIL => Une vidéo de l'UDN qui transmet bien la philosophie de la GPC.


La GPC, mode d'emploi.


Poser le contexte et la bonne question :


Mais, alors, comment se déroule concrètement un atelier ou une formation ? Dans le cas de la Fabrique Numérique des 3C, 7 ou 8 personnes étaient présentes, dont deux extérieures à Positive Planet, le porteur de projet - ce qui aurait pu poser un problème de déséquilibre en terme de voix dans une réunion classique.

Nous avons démarré l'atelier en posant la problématique que nous avions travaillée en amont : Comment aller vers un projet commun ?

Etape 1 - Le tour de proposition :

Chaque membre du groupe a pu émettre une proposition à son tour et j’intervenais en tant que facilitatrice pour que cette proposition soit écoutée, respectée et bonifiée.

Dans la gestion par consentement, mon rôle va être de garantir que chaque proposition soit considérée (un peu comme un cadeau au milieu de la table), que l’on en retire les points positifs et qu’on vienne la bonifier.

Par exemple : quelqu’un de la Fabrique Numérique des 3C suggère d’organiser un événement pour mettre en avant leur expertise.


Etape 2 - Le tour de clarification :


Le reste de l’assemblée écoute, s’y intéresse et, pour être sûr d’avoir bien compris, pose des questions chacun.e à son tour : c’est ce qu’on appelle un tour de clarification. Le but est d’éviter que le cerveau ne censure la proposition d’emblée ou tente d’y opposer une alternative.

Donc on s’intéresse à la proposition en la précisant : "À quel type d’événement pensais-tu ?”, “Sur combien de jours ? ”.

La facilitation intervient pour couper la parole aux différentes parties si certains parlent trop ou ne respectent pas le cadre et pour les guider vers des vraies questions de clarification. Ici, il y a un véritable respect de l’idée.



Etape 3 - Le tour d'objections :


On procède alors à un deuxième tour : celui des objections. Là encore, il ne s’agit pas de donner son avis, mais plutôt de savoir s’il s’agit d’une proposition acceptable ou non. L’objection doit être formulée sous certaines conditions et ma mission est d’amener la personne qui formule l’objection à s’exprimer sur ce qui la gêne dans la proposition; de comprendre sous quelles conditions elle serait acceptable pour elle.

Exprimer ses ressentis c’est aussi accepter de faire parler sa sensibilité. Cela se fait donc souvent par étapes.

Si, par exemple, elle me dit : “L’événement ne me parle pas, ça me stresse”, je vais lui demander de préciser les conditions qui feraient que, pour elle, il pourrait avoir lieu : “— Que l’événement soit simple. — Mais encore ? — Je suis toute seule à porter cette structure, donc cela va me prendre beaucoup de temps. — Donc à quelle condition cela serait acceptable ? — Je ne pourrais y consacrer qu’un temps limité, je ne peux pas produire la même charge que vous. J’ai besoin que vous l’entendiez et donc de cette garantie là.”

C’est là une objection tout à fait recevable : que la charge de travail liée à cette proposition soit considérée et réfléchie. Mais, derrière cette crainte, se cachait quelque chose de plus profond : des déséquilibres par rapport au temps de travail de chacun, et à l’investissement financier aussi. Nous avons donc pu clarifier cela tout en poussant le groupe à s’écouter.


Etape 4 - Elaborer un plan d'action :


Finalement, le bilan pour la Fabrique des 3C, a été l’élaboration d’un plan d’action avec un ordre du jour pour la réunion de la semaine suivante. Par la suite, j'ai appris que l'atelier a permis de la rendre plus efficace : ils ont respecté l'ordre du jour, et sont également passés sur un autre mode de communication où ils se sont davantage exprimés, et cela de façon authentique.

Ils m’ont ainsi confié avoir eu des confrontations un peu fortes lors de cette réunion. Mais des confrontations saines, qui ont abouti sur de véritables solutions. Pour moi, c’est le formidable potentiel de la confrontation. Des automatismes se mettent en place et le positionnement évolue, car les participants se sentent "rassurés” et “en confiance”.


Etape 4bis : la prise de décision


Dans ce cas, j'ai utilisé la GPC pour débroussailler le projet et concrétiser un plan d'action collectif. Mais son usage plus absolu est de départager des propositions.

Lorsqu'un projet a déjà été travailler et que 2 ou 3 solutions sont proposées mais que le groupe a du mal à les départager, on va utiliser la GPC.

OUTIL => Voici une ébauche de fiche outil à ma sauce.


Du point de vue de la facilitatrice : du kiff !


Kiff n°1 : Canaliser et redistribuer la parole

"moi, tatillonne ?"

Finalement, mon rôle va être de couper la parole (avec diplomatie! ) pour faire respecter le process, le cadre. C’est un atelier avec lequel je me sens à l’aise, car, déjà en groupe, c’est quelque chose que je fais naturellement (mes amis adorent ça :-S).


L’idée est qu’il n’y ait aucun jugement et qu’on se sente en confiance. Je vais donc établir un équilibre entre ceux qui parlent peu et ceux qui s’expriment beaucoup. Cela peut paraître perturbant (ou frustrant pour certains) et pourtant, ça a quelque chose de rassurant pour les deux. Il y a une vraie attention aux propos de chaque personne, la parole est canalisée, on reste centrés sur l’objectif, on évite la divergence ou les débats stériles.Libre



Kiff n°2 : Transformer des tensions parasites en tensions constructives.


Pendant la GPC et grâce à son cadre sécurisant, je vais aller chercher les nœuds et faire remonter les ressentis difficiles à exprimer, pour en faire la source des réflexions. Ces derniers sont des signaux faibles souvent non pris en compte dans un cadre classique. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, c'est l'objection qui va valoriser ces signaux faibles et rendre la proposition pertinente et exigeante.



Kiff n°3 : Mettre en confiance et faire prendre conscience.


J'aime voir, au fur et à mesure des tours de proposition, les personnes prendre de l'assurance dans leur expression et s'impliquer dans l'écoute. Elles prennent conscience de ce que la qualité de communication instaurée apporte à leur travail : cette efficacité tant désirée!

Important : choisir un bon guide !

Voici 2 indicateurs que la prise et conscience et la confiance sont là :

  • Les participant.e.s s’approprient le cadre et vont, d’eux-mêmes, rappeler les règles lorsqu’il y a un écart.

  • A la fin, ils sont en mesure de m’exprimer autant leur satisfaction que ce qui leur a déplu.



Kiff n° 4 : Soulever les problèmes de fond et les rendre actionnables.


On termine toujours un atelier comme celui-ci par un plan d’action qui comprend les problématiques de fond à traiter si on veut avancer, et pas uniquement des intentions d’actions. C’est ce sur quoi j’insiste en fin de séance pour partir sur quelque chose de plus solide, pour faire avec les ressources dont l'équipe dispose déjà et assurer leur efficacité.

Pour la Fabrique des 3C, des problématiques de fond ont, en effet, pu se débloquer vers la fin de l’atelier, telles que la question des rôles de chacun.

Jusqu’ici, je suis souvent intervenu, avec cet outil, dans des organisations ancrées dans un fonctionnement traditionnel. Le véritable progrès, pour elles, c’est d’arrêter de réfléchir “solutions”, mais de penser problématiques, options et d’écouter les besoins.



Il est temps de regarder vos tensions en face.


Comment démarrer ?

Ne pas reproduire ce geste sans assistance

Les bénéfices de la GPC se font sentir à force de pratique et par petits pas. Comment pratiquer en autonomie et en sécurité ?

Si devez traiter un sujet glissant :

  • Faites-vous accompagner. Il est toujours difficile de résoudre par soi-même des problèmes dans lesquels ont est impliqué.


Si vous testez en autonomie :

  • Choisissez un sujet bateau et sans enjeu, avec le moins de tensions possible.

  • Utilisez la GPC comme outil de réflexion et de partage (et pas de décision).

  • Lors de réunions, prendre l'habitude de demander " y a-t-il des objections ?" et de les motiver "Cette proposition est ok pour toi si...?" - VS un "tout le monde est OK ?" qui appelle une réponse molle.


Un outil adapté au contexte de crise :


Actuellement, avec la pandémie de Covid-19, la plupart des entreprises sont en gestion de crise. Il est important d’en sortir pour ne pas imposer une façon de faire aux équipes et ajouter de la tension aux tensions.

Les personnes qui sont sur le terrain doivent être écoutées : elles ont des choses à apporter, ce sont elles qui ont les clefs, ce sont elles qui sont confrontées aux vrais besoins. Et, dans un contexte comme celui-ci, on a besoin d’outils tels que la gestion par consentement. Elle va rassurer, faciliter la communication et permettre à chacun d’agir et de contribuer. Elle peut faire beaucoup de bien et cela, même à distance, à condition de poser le bon cadre.



Confiance !


J'ai envie de terminer par une phrase d’Évelyne Adam, qui réalise des kerterres (cabanes en chaux) en Bretagne. Dans ses chantiers participatifs, elle met en avant l'idée « d’être contents d’être pas d’accord ».

C’est cela que je vise ! C’est difficile, même au quotidien, mais j’ai envie que chacun puisse changer d’avis sur la confrontation et qu’il en voit toute la puissance. Un vaste défi !



Cécile Ribreau



Je m'appelle Cécile Ribreau.

Je suis facilitatrice et consultante en intelligence collective et j'ai à cœur de faire découvrir les arcanes de la culture de coopération.


Cet article est rédigé par Cécile Vienne.

Rédactrice web qui tend vers la communication responsable pour porter des projets qui ont du sens et un impact positif sur le monde d'aujourd'hui.


Vous souhaitez recevoir ma newsletter ? Vous pouvez vous inscrire ici.

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now