Pratiques de coopération et culture sensible

La sensibilité, force sous-estimée des organisations

Mis à jour : nov. 26

Je parle assez peu de moi et de ma façon de travailler. Mais ça y est, je me sens prête : j’ai envie de vous faire part de mes projets, de partager la vision pour laquelle j’œuvre, « en coulisse », depuis un an maintenant. Durant cette période, j’ai vécu des événements décisifs qui m’ont fait repenser ma stratégie d’entreprise et ma communication. Pour la première fois, j’acceptais l’idée de mettre le terme “sensibilité” au cœur de mon activité : la facilitation.


Pourquoi, me direz-vous ? Pourquoi utiliser ce mot souvent perçu comme négatif, en particulier pour parler à des organisations ? Après tout, je fais de la facilitation, je ne suis pas psychologue. Et puis surtout, ce n’est pas très accrocheur. Vous vous imaginez dire à une entreprise : « Laissez parler votre sensibilité » ? Sans aborder les choses de cette manière, la sensibilité est, contre toute attente, une force dans le milieu professionnel. Et si, justement, j’utilisais ma propre sensibilité pour vous faire comprendre ma philosophie d’entreprise ?



"Tu t’écoutes trop", vous l'avez sans doute déjà entendu ou même dit !


La mauvaise réputation de la sensibilité

Moi, je les ai entendues et les ai intégrées au plus profond de moi-même comme des faiblesses que je devais corriger, surmonter. Des années et des années de croyances ont conféré à la sensibilité cette mauvaise réputation. Pourquoi ? Parce qu’il existe une dimension sociale et culturelle qui censure ce qui n’est pas rationnel en l’associant à l’imprécision, à la vulnérabilité, au laxisme et, finalement, à l’échec et à la soumission… En contrepartie, elle sur-valorise ce qui est de l’ordre de la pensée mentale, de la logique rationnelle, de la vision scientifique. Cette norme culturelle sociale nous amène à nous-mêmes censurer et négliger notre part sensible et son rôle dans nos décisions.


Une fois que tu l'as ouverte, tu es obligé.e de jouer.

La peur d'ouvrir la boîte de Pandore*

Certes, j’ai vécu de mauvaises expériences en raison de ma sensibilité. Mais je n’en connaissais alors pas les mécanismes, ni le mode d’emploi pour appréhender le potentiel de mes émotions et de mes ressentis. « Ben alors, Jamie, c’est quoi le problème ? » Le problème, c’est qu’à force de les méconnaître ou de les dénigrer, on en ressent les effets négatifs. Comme un volcan, elles peuvent imploser pour certaines personnes (de la démotivation à la dépression) ou exploser pour d’autres (de l'agressivité à la violence).


Changer de regard

Aujourd’hui, je vis la sensibilité comme une force, présente dans toute chose, et dont j’ai envie de parler autour de moi. Vous n’y croyez pas ? Vous ne ressentez pas votre part sensible ? Peut-être, tout simplement, n’avez-vous pas eu la chance de lui être présenté.e en bonne et due forme ?



Et si la sensibilité n’existait pas ?


Prenons le problème à l'envers

Pour vous présenter ce nouvel atout qui m’accompagne désormais partout, j’ai envie de prendre le problème à l’envers, en vous invitant dans un monde où le sensible n’existe pas.

Imaginez un monde où les gens ne se parleraient que pour échanger des informations et des constats factuels. Pas de ressentis, pas d'émotions, pas d'imagination.


Un dialogue entre deux personnes à la machine à café pourrait alors se dérouler ainsi :















Notre sensibilité est une composante de notre humanité

Bon, vous trouverez de meilleures illustration des dégâts que peut provoquer le déni de notre part sensible au cinéma ou en littérature*. En tous cas, ici, plus d’affect, plus de liens finalement, l’autre nous préoccupe peu. Seuls comptent : les besoins physiologiques, les aspects factuels et mécaniques.

C’est la sensibilité qui nous pousse à interagir et à trouver un intérêt aux échanges. Elle est l’essence même de l’être humain, elle est ressenti, émotion, intuition… Elle aussi nous permet d’analyser une situation. Elle est indissociable de la rationalité, au quotidien comme dans la vie professionnelle. L’une ne va pas sans l’autre.


Le big boss des facilitateurs

Apprivoiser et se laisser apprivoiser

Finalement, mon métier consiste à la démystifier et à ouvrir de nouvelles portes vers la force créatrice et intérieure de la sensibilité. Pour ceux qui connaissent Star Wars, cela devrait rappeler des souvenirs ;). L’idée est, à terme, de parvenir à se l’approprier et d’en faire une force.





La sensibilité : radar des organisations


La facilitation, un métier qui réintègre la sensibilité dans la vie professionnelle

Quand j’accompagne les organisations, je vais forcément toucher à l’humain : à la connaissance de soi, aux interactions, à nos façons de vivre les événements, que ce soit en individuel ou en groupe… Donc à des questions liées à la sensibilité ! En tant que facilitatrice, mon rôle est de conduire les collectifs vers plus de fluidité et d'harmonie. Pour y parvenir, je m'appuie sur la sensibilité de chacun et sur des outils simples pour aider le groupe à comprendre comment il fonctionne :

  • aller voir du côté du système ;

  • mettre le doigt sur les nœuds de l'organisation;

  • expliciter les tensions

  • comprendre les rouages du collectif ;

  • transformer en force ce qui peut sembler être une faiblesse ;

  • prendre conscience de ce qui ressort de l'individuel ou du systémique.


Se transformer à son rythme et par l'expérimentation

C’est un travail de recul que j’ai moi-même fait depuis plusieurs années qui m’a conduit à la facilitation. La remise en question personnelle et collective est un levier important en organisation, pour débloquer bien des situations et prendre les bonnes décisions. Or aucun manuel, aucun enseignement ne nous prépare personnellement et professionnellement à faire face à nous-mêmes et aux autres. C’est dommage, mais il n’est jamais trop tard pour apprendre ! Pour moi, aujourd’hui, la culture de la facilitation, c’est ça : être à l’écoute de cette sensibilité, la mienne, celle des autres, du groupe, pour créer du lien et rendre visible ce qui ne l’est pas… Mon objectif ? Transmettre ce savoir et ces compétences par la pratique.



Maintenant que j’ai fait la connaissance de ce nouvel allié, j’ai envie que chacun.e le rencontre également. Je vais donc, petit à petit, vous montrer comment je l’utilise dans mon activité. J’espère que vous me suivrez dans cette découverte :) La prochaine question que j’aimerais poser : « Un manager peut-il être sensible ? ». Vaste question… Et vous, qu’est-ce que vous en pensez ?


A bientôt!

Cécile Ribreau


*Films et romans :

Les furtifs, A. Damasio

Bienvenue à Gattaca, Andrew Niccol

Si j'étais ministre de la culture, Thierry Dedieu

Sur une note plus humoristique : le personnage de Sheldon dans The Big Bang Theory


Ressources professionnelles :

L'art de la facilitation, D. Christol, C. Joly

Les mots sont des fenêtres, M. Rosenberg

Reinventing Organizations, F. Laloux (Chapitres sur la plénitude)



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